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60 ans de marché pour Michèle, Martine et René

60 ans de marché pour Michèle, Martine et René

Clotilde GERAULT et Ariane QUIGNON
Une petite entreprise familiale au coeur du marché de Belle-Beille a plié boutique. Au grand regret de ses clients.
« Merci pour toutes ces années… Vous allez nous manquer. » Un livre d’or rempli de mots chaleureux est posé sur les cagettes de tomates. Michèle Barrault, son fils René et sa femme Martine sont pour la dernière fois derrière leur étal. Un dernier jour chargé en émotion pour cette famille de primeurs, présente depuis 60 ans et deux générations sur le marché de Belle-Beille.
Une page qui se tourne dans l’histoire familiale
Michèle, 87 ans, travaille sur ce marché de plein vent depuis sa création en 1955. Plusieurs générations de clients lui ont acheté des fruits et légumes. Certains viennent même lui présenter leurs enfants et petits-enfants. « Ma mère est présente pour le plaisir, pour échanger avec les habitants du quartier », dit René en souriant. Il a naturellement pris la suite après l’avoir secondée pendant des années. Cet ancien agriculteur a arrêté la production, tout en continuant la vente sur le marché avec son épouse. Une tradition agricole qui date de l’arrivée de ses grands-parents dans la région en 1947 ; par des temps difficiles, ils avaient débuté avec l’agriculture de subsistance.

René a 61 ans, comme le quartier dans lequel il a grandi et habite encore aujourd’hui. Belle-Beille a évolué, son métier aussi : « Nous avons connu l’expansion des grandes surfaces, avec ses conséquences pour les primeurs. »

Son départ à la retraite marque les habitants du quartier, qui expriment leur attachement à ce marché de proximité. Une ambiance de quartier primordiale pour cette entreprise familiale : « La solidarité et le contact humain sont essentiels. »

L’entraide entre les commerçants favorise ainsi la convivialité, dans un esprit de marché de village. Selon un client fidèle depuis 45 ans, c’est une « figure du quartier » qui s’en va. « Même après avoir déménagé, je retourne sur ce marché tous les vendredis. » Mais pas question de s’ennuyer après ce départ à la retraite. C’est l’occasion de profiter de leurs filles et de leurs petits-enfants. Le marché continuera à vivre. De nouveaux primeurs sont déjà prêts à prendre le relais sur la place Marcel-Vigne.

PORTRAIT – Michelle Barrault par François Lacroix

Le dernier marché de Michelle

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François LACROIX
francois.lacroix@courrier-ouest.com
Vendredi prochain, elle se rendra sur le marché de Belle-Beille.Elle empruntera le chemin de la Croix-Pelette comme tous les vendredis matins depuis… 61 ans. Et çà monte monte… »C’est que j’habite dans le bas du quartier », dit Michelle Barrault en souriant.
Ce ne sera toutefois pas un vendredi comme les autres. Pas un vendredi avec un tablier sur le dos, un petit calepin et un petit crayon de bois à la main. Un vendredi à ôter la queue des artichauts pour qu’ils prennent moins de place dans le panier de Madame Cailleau. Ce ne sera pas un vendredi à noter les emplettes au fur et à mesure pour ne rien oublier. Un vendredi à demander de la monnaie avec le sourire, »et c’est pas grave s’il vous manque trois centimes » Ce ne sera pas un vendredi à blaguer avec les clients, à parler de la pluie et du beau temps, à demander des nouvelles des enfants et des petits enfants qu’elle a vu grandir. Pas un vendredi à choisir les beaux fruits et les beaux légumes pour une clientèle très fidèle.
« Il y a toujours eu une bonne ambiance entre les commerçants sur ce marché et je crois que la clientèle le ressent », explique l’octogénaire aux cheveux blancs.
Surtout pas de calculette pour la note
Vendredi prochain, Michelle Barrault se rendra sur le marché de Belle Beille parce qu’on ne tire pas d’un trait sur une vie de marchande d’un simple revers de la main. Même joliment policée par le temps.
Michelle Barrault a 87 ans mais elle en fait quinze de moins. »Le marché ça conserve. On est obligé d’être dynamique », dit Martine sa belle-fille, entre deux clients sur le stand familial de la place Marcel Vigne. Il fait beau. C’est le début de l’été. C’est le dernier jour du marché de mamie Barrault. Et elle n’a pas prévu de se servir d’une calculette. Elle a toujours fait ses aditions elle-même.
Elle a aussi longtemps boudé la balance électronique. A son domicile, Michelle Barrault a d’ailleurs conservé deux anciennes balances à poids avec des plateaux en cuivre. Elles ont servi avenue Notre-Dame du Lac puis place Dauversière où était installé le grand marché de Belle Beille dans les années 70. « çà c’était un marché. Il y avait quatre ou cinq rangées de commerçants. C’était autre chose. Mais c’était avant. Avant l’apparition des grandes surfaces » regrette Michelle Barrault. « On a prévu les mouchoirs pour la fin de la matinée » lance René, son fils. A 61 ans, lui aussi tire sa révérence. Lui aussi vit son dernier marché. Il avait pris la succession de ses parents en 1991 et produisait encore il y a peu des plants et des légumes sur 3000m² de champ près du stade du lac de Maine. Un peu triste, il a commencé à démonter les tunnels qui abritaient sa production. Le marché de Belle Beille va manquer à la famille Barrault. L’inverse également.