PORTRAIT – Michelle Barrault par François Lacroix

Le dernier marché de Michelle

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François LACROIX
francois.lacroix@courrier-ouest.com
Vendredi prochain, elle se rendra sur le marché de Belle-Beille.Elle empruntera le chemin de la Croix-Pelette comme tous les vendredis matins depuis… 61 ans. Et çà monte monte… »C’est que j’habite dans le bas du quartier », dit Michelle Barrault en souriant.
Ce ne sera toutefois pas un vendredi comme les autres. Pas un vendredi avec un tablier sur le dos, un petit calepin et un petit crayon de bois à la main. Un vendredi à ôter la queue des artichauts pour qu’ils prennent moins de place dans le panier de Madame Cailleau. Ce ne sera pas un vendredi à noter les emplettes au fur et à mesure pour ne rien oublier. Un vendredi à demander de la monnaie avec le sourire, »et c’est pas grave s’il vous manque trois centimes » Ce ne sera pas un vendredi à blaguer avec les clients, à parler de la pluie et du beau temps, à demander des nouvelles des enfants et des petits enfants qu’elle a vu grandir. Pas un vendredi à choisir les beaux fruits et les beaux légumes pour une clientèle très fidèle.
« Il y a toujours eu une bonne ambiance entre les commerçants sur ce marché et je crois que la clientèle le ressent », explique l’octogénaire aux cheveux blancs.
Surtout pas de calculette pour la note
Vendredi prochain, Michelle Barrault se rendra sur le marché de Belle Beille parce qu’on ne tire pas d’un trait sur une vie de marchande d’un simple revers de la main. Même joliment policée par le temps.
Michelle Barrault a 87 ans mais elle en fait quinze de moins. »Le marché ça conserve. On est obligé d’être dynamique », dit Martine sa belle-fille, entre deux clients sur le stand familial de la place Marcel Vigne. Il fait beau. C’est le début de l’été. C’est le dernier jour du marché de mamie Barrault. Et elle n’a pas prévu de se servir d’une calculette. Elle a toujours fait ses aditions elle-même.
Elle a aussi longtemps boudé la balance électronique. A son domicile, Michelle Barrault a d’ailleurs conservé deux anciennes balances à poids avec des plateaux en cuivre. Elles ont servi avenue Notre-Dame du Lac puis place Dauversière où était installé le grand marché de Belle Beille dans les années 70. « çà c’était un marché. Il y avait quatre ou cinq rangées de commerçants. C’était autre chose. Mais c’était avant. Avant l’apparition des grandes surfaces » regrette Michelle Barrault. « On a prévu les mouchoirs pour la fin de la matinée » lance René, son fils. A 61 ans, lui aussi tire sa révérence. Lui aussi vit son dernier marché. Il avait pris la succession de ses parents en 1991 et produisait encore il y a peu des plants et des légumes sur 3000m² de champ près du stade du lac de Maine. Un peu triste, il a commencé à démonter les tunnels qui abritaient sa production. Le marché de Belle Beille va manquer à la famille Barrault. L’inverse également.

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